L'affaire Wirecard : lorsque les signaux ESG sont ignorés

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L'affaire Wirecard : lorsque les signaux ESG sont ignorés
Article de Raphael Lüscher publié le 15 juillet 2020 dans la catégorie Durabilité
L'enquête concernant l'affaire Wirecard prendra en-core un certain temps avant que tous les volets du scandale ne soient élucidés. Le fiasco entourant la faillite du prestataire de services de paiement alle-mand soulève de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne l'évaluation de la direction (gou-vernance d'entreprise). De nombreux investisseurs se retrouvent aujourd'hui dans une situation dé-sastreuse. Cela aurait-il pu être évité ?

lien externe ouvre une nouvelle pageCo-Autor: Gerhard Wagner, Senior Portfolio Manager

Les Etats-Unis ont connu le désastre Enron, l'Italie le scandale Parmalat et c'est maintenant l'Allemagne qui fait face à l'affaire Wirecard. L'ancien champion de la Fintech s'est effondré en bourse et les actifs de nombreux investisseurs se sont évaporés. Le directoire de Wirecard a entre-temps déposé son bilan à cause du risque d'insolvabilité et de surendettement.

Les scandales de fraude et de falsification des comptes sont récurrents dans l'histoire de l'économie. Et à chaque fois se pose la même question. Comment cette fraude a-t-elle pu se produire et qui en est responsable ?

Un faisceau d'indices était disponible.

Wirecard devait présenter les résultats de l'exercice 2019 le 18 juin 2020. Au lieu de cela, il a été annoncé qu'il manquait 1,9 milliard d'euros sur les comptes. Autrement dit, les comptes présentés n'étaient qu'un numéro de passe-passe. Cette mauvaise nouvelle a fait s'effondrer le cours de l'action de 62%. Le groupe menait des activités douteuses depuis déjà un certain temps. Fin avril 2020, la société KPMG avait publié, après six mois d'audit, un rapport de révision spécial indiquant qu'elle n'était pas en mesure de vérifier les chiffres d'affaires et les bénéfices des prestataires partenaires de Wirecard entre 2016 et 2018. Cet audit avait été demandé par Wirecard en octobre 2019, mais sous la pression des investisseurs, après que le Financial Times (FT) eut publié un article faisant part de pratiques commerciales discutables. Dès avril 2015, le FT avait publié une série d'articles intitulée "lien externe ouvre une nouvelle pageHouse of Wirecard", qui remettait régulièrement en cause le modèle d'affaire de Wirecard. En 2016, des investisseurs inconnus avaient publié, sous le pseudonyme "lien externe ouvre une nouvelle pageZatarra Research and Investigations", un rapport accusant notamment la société de blanchiment d'argent. La direction de Wirecard avait réfuté ces accusations en présentant des arguments tels que l'envie et la cupidité des vendeurs à découvert. Avec les ventes à découvert, les investisseurs vendent des actions qu'ils ne possèdent pas actuellement, dans l'espoir que celles-ci perdent de la valeur. Lors de ses tentatives de défense concernant les ventes à découvert, Wirecard avait reçu le soutien inattendu de l'Office fédéral de surveillance financière (Bafin) qui avait interdit les ventes à découvert sur l'action.

Le risque de gouvernance avait été bien identifié.

Des signaux d'alarme existaient donc depuis longtemps. Les fournisseurs d’analyses de durabilité et les notations dans les domaines environnementaux, sociaux et de gouvernance d'entreprise (ESG) avaient également donné des signaux d'alarme explicites.

Dans notre processus de placement actif et fondamental, nous utilisons systématiquement des données ESG pour minimiser les risques dans nos fonds. Les signaux qui apparaissent constituent le point de départ. Nos analystes effectuent ensuite une analyse qualitative du modèle d'affaires. Les mêmes questions reviennent toujours. Lequel de ces signaux est pertinent d'un point de vue fondamental ? A quel moment les éventuels signaux d'alarme se refléteront-ils dans les prix des actions ? En ce qui concerne la gouvernance, le lien temporel entre le signalement d'un problème potentiel et sa manifestation dans le cours de l'action n'est pas explicite. Ne pas conserver une "action chaude" pour des raisons de gouvernance et devoir ensuite se justifier en cas de hausse des cours peut s'avérer délicat. Notre gamme de produits  "Sustainable" comprend des stratégies de placement actives et fondamentales axées sur la durabilité. Celles-ci mettent l'accent sur l'identification des actions dont les émetteurs présentent des incohérences en matière de gouvernance d'entreprise et préconisent de les éviter systématiquement. Il n'y avait par conséquent aucune action Wirecard détenue dans les fonds de notre gamme de produits "Sustainable".

Avantage de la gestion ESG active

La possibilité de tenir compte des aspects ESG dans le processus de placement permet de différencier les véhicules actifs des véhicules passifs qui reproduisent directement l'indice. Lorsque l'action Wirecard a été intégrée dans le DAX en septembre 2018, le cours de l'action atteignant presque 200 euros, les investisseurs passifs dans le DAX détenaient également des actions Wirecard via des ETF ou des fonds indiciels. Actuellement, l'action ne se négocie plus qu'à un peu moins de 3 euros.

Conclusion

Comme dans de nombreux domaines de la vie, la devise suivante s'applique également au cas de Wirecard, l'ancien enfant chéri de la bourse : il n'y pas de fumée sans feu. Les investisseurs, notamment, ont tout intérêt à rechercher le feu avant d'investir. 

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Durabilité, Actions