Facteur valeur : donné pour mort, il vit encore !

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Facteur valeur : donné pour mort, il vit encore !
Article de Christian Haller publié le 15 juillet 2020 dans la catégorie Quant
La crise du coronavirus a-t-elle donné au facteur valeur le coup de grâce ultime ? En réalité, la valeur a encore perdu du terrain par rapport au marché global ainsi que des adeptes supplémentaires. Les investisseurs ignorent actuellement les données fondamentales dans une mesure jamais atteinte auparavant. Plus cette ignorance est grande, plus la constitution de la prime de valeur est importante. La valeur redeviendra aussi cool que les vinyles et les platines.

C'est un secret de polichinelle. Le facteur valeur vient de traverser une période difficile. La splendeur des premiers jours s'est visiblement estompée, et a été durement affectée par la chute des taux d'intérêt et la politique monétaire extrêmement expansives des banques centrales. Tous ceux qui espéraient que le déclenchement de la crise du coronavirus et les bouleversements sur le parquet de la Bourse rétabliraient le soutien aux titres à faible valeur ont eu tort. Les investisseurs sont à bout de patience. Est-ce là une indication fiable que la crise du coronavirus a porté le coup fatal au facteur valeur ?

Pour répondre correctement à cette question, nous ne pouvons nous contenter d'observer la performance. Pour qu'un facteur soit déclaré mort, ses sources alpha doivent être irrévocablement épuisées. L'existence des primes de facteurs est basée, d'une part, sur la compensation du risque supplémentaire et, d'autre part, sur les anomalies de comportement. Quelle est l'impact actuel de ces deux soutiens en ce qui concerne les actions de valeur ?

Compensation du risque supplémentaire

Avec le déclenchement de la pandémie, les actions de valeur ont encore accentué leur faiblesse relative déjà existante par rapport aux titres de croissance. Cela laisse à penser que les investisseurs attribuent des risques plus élevés aux titres moins bien notés. De nombreuses actions de valeur sont " bon marché " pour de bonnes raisons. Les entreprises touchées se trouvent souvent confrontées à des perspectives commerciales difficiles ou subissent une restructuration critique. Par conséquent, elles sont sanctionnées plus sévèrement que la moyenne lorsque l'environnement économique s'assombrit. En cas de ralentissement plus sévère en période d'incertitude, les investisseurs bénéficieront, en contrepartie, de plus-values plus élevées à long terme. 

Influence des données fondamentales sur la performance du cours de l'action dans le temps

Source : Swisscanto, propres calculs

Anomalies de comportement

En constituant des portefeuilles de valeur pour les années passées et en supposant des estimations parfaitement précises du bénéfice par action pour l'année suivante, nous sommes en mesure de déterminer la pertinence de ces informations pour la performance dans le temps. Ceci est conforme à l'attente selon laquelle les données fondamentales telles que les bénéfices attendus des entreprises expliqueront de manière fiable l'évolution des cours. Cependant, il y a toujours des périodes sur le marché boursier où cette corrélation est faible, voire extrêmement faible. Les valeurs du graphique, qui sont actuellement proches de zéro, montrent que l'influence des bénéfices des entreprises sur le cours de l'action n'a cessé de diminuer au cours des trois dernières années. Par conséquent, les investisseurs ont actuellement tendance à prendre leurs décisions d'investissement sur la base d'autres critères que des données fondamentales éprouvées. Dans les circonstances actuelles, l'accent est mis sur des fantasmes exagérés concernant l'évolution des titres de croissance. Bien que les investisseurs de valeur rationnels soient désavantagés dans un tel environnement, ce sont précisément pendant ces périodes où la prime de valeur se constitue et fait ensuite un grand retour. L'expérience montre que l'importance des données fondamentales se renforce à nouveau à intervalles réguliers, ce qui permet alors aussi de résorber la prime de valeur.

Déclarer le facteur valeur mort en utilisant des arguments tels que la baisse des taux d'intérêt, la politique monétaire expansionniste ou la crise du coronavirus revient à décrire des liens possibles pour la disparition de la prime de valeur dans le passé, sans fournir aucune explication quant à la raison pour laquelle la prime n'apparaîtra pas à l'avenir. Selon nous, les explications fondées sur le risque et le comportement sont intactes. L'illustration montre même clairement que les titres de faible valeur n'ont jamais été aussi attrayants qu'aujourd'hui. La valeur redeviendra bientôt aussi cool que les vinyles.

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