Turquie : la forte croissance du crédit comporte des risques élevés

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Turquie : la forte croissance du crédit comporte des risques élevés
Article de Enzo Puntillo publié le 04 septembre 2020 dans la catégorie Obligations
Le tumulte politique brouille les perspectives de développement économique de la Turquie. La reprise économique relativement rapide du pays au cours des 12 derniers mois a été favorisée par la préférence donnée par le gouvernement à une très forte croissance du crédit, mettant encore davantage en péril la stabilité financière de la Turquie.

Co-auteur : Rocchino Contangelo, responsable de la recherche intégrée à ESG dans le domaine des actions

De nombreuses mesures de politique monétaire ont été prises pour encourager, voire obliger les banques turques à étendre leurs octrois de crédits. L'année dernière déjà, mais aussi au printemps 2020, les taux ont été abaissés à plusieurs reprises. En mai de cette année, un nouveau « ratio d'actifs » a en outre été instauré, pénalisant les banques qui limitent le rythme des octrois de crédits.

Forte croissance du crédit en Turquie

Chiffres en pourcentage par rapport à l'année précédente

Source : Bloomberg

Taux d'intérêt réels négatifs

Le développement rapide des crédits lié à l'assouplissement de la politique monétaire a un prix : malgré un taux directeur de 8,25%, les taux d'intérêt réels en Turquie comptent parmi les plus bas de l'ensemble de l'univers obligataire, avec -3%. L'inflation reste, à 11,8%, élevée par rapport à l'année précédente. De ce côté, aucune évolution susceptible d'augmenter le taux d'intérêt réel ne se dessine.

Les afflux de capitaux restent limités

Nous partons du principe que les afflux de capitaux resteront faibles au cours des prochains mois compte tenu des rendements réels peu attrayants et des risques politiques et économiques élevés. Les afflux de capitaux enregistrés par le secteur du tourisme dans la balance des paiements courants stagnent à un niveau très bas - ils s'élevaient en juin 2020 à seulement 4% du montant de l'année précédente et à 14% en juillet 2020.

Hausse des taux d'intérêt - pour le moment uniquement par des voies détournées

Par obéissance au président Erdogan, la banque centrale a renoncé à relever ses taux d'intérêt, une intervention pourtant nécessaire. Nous nous y attendions. En effet, la banque centrale a annoncé une augmentation des réserves que les banques doivent détenir auprès de la banque centrale pour les dépôts en monnaies étrangères et en livres turques.

À éviter

Nous maintenons notre opinion selon laquelle les problèmes de la Turquie continueront d'augmenter à l'avenir en raison de sa politique économique non durable. Avec une inflation élevée, des réserves de devises en forte baisse et une dette publique et privée en monnaies étrangères considérable associée à une faible confiance des investisseurs, la livre turque continuera de sous-performer ou même de rester une pression dans les mois à venir. La faiblesse de la livre turque est d'ores et déjà marquée – plus prononcée même que pendant la « crise monétaire » turque de 2018 (voir graphique ci-dessous). Nous évitons aussi bien la monnaie que les obligations turques.

Les actions aussi impactées

Du côté des actions, nous avons analysé la Turquie dans le cadre de notre processus actif de recherche fondamentale et sommes arrivés à la conclusion que nous ne souhaitons pas adopter de positionnement actif en Turquie. La part des actions turques dans le benchmark qui nous intéresse, le MSCI Emerging Markets, est très faible. L'analyse fondamentale a montré que la valorisation des actions n'est guère conforme à la base de données fondamentale. Dans ces circonstances, il n'est pas judicieux de nous exposer au risque turc. Dans l'ensemble, il n'existe actuellement aucun « risk reward » pour un positionnement dans des actions turques.

La livre turque et les réserves de change fondent comme du beurre au soleil