Structure inversée des taux d'intérêt : signes avant-coureurs d'une récession ?

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Structure inversée des taux d'intérêt : signes avant-coureurs d'une récession ?
publié le 15 octobre 2020 dans la catégorie Obligations
Le coronavirus a plongé le monde dans une profonde récession. Si le virus était imprévisible il y a un an, une éventuelle récession, en revanche, l'était. Le positionnement prolongé en matière de taux a porté ses fruits.

Une courbe de structure inversée des taux d'intérêt (les taux d'intérêt pour les échéances plus courtes sont supérieurs à ceux pour les échéances plus longues) est un signal classique de l'imminence d'une récession. Les Etats-Unis en ont connu six depuis le début des années 1980, dont la pandémie actuelle de coronavirus. Le modèle de spread, basé sur les conclusions d'Estrella & Hardouvelis (1991), reflète de façon remarquable chaque récession (voir graphique). Les prévisions pour l'année prochaine sont basées sur le différentiel de taux actuel des obligations d'Etat américaines à 2 et 10 ans. La probabilité augmente de manière exponentielle avant chaque récession. La valeur 0,4 peut être interprétée comme une valeur seuil. Lorsque cette probabilité est dépassée, une récession est jusqu'à présent toujours survenue. Seules les années incertaines avant la crise des Dot.com constituent une exception. 

Probabilité de récession aux Etats-Unis sur la base du différentiel de taux des obligations d'Etat américaines à 2 et 10 ans

Source: Swisscanto Invest

Une récession en 2020 était prévisible

En août 2019, la courbe des taux d'intérêt s'est de nouveau inversée : le taux d'intérêt à 2 ans a dépassé celui à 10 ans pendant quelques jours. Par conséquent, les prévisions du modèle ont considérablement augmenté. Le marché a cependant accordé une plus grande attention à d’autres indicateurs économiques qui présentent des perspectives positives et à l’économie américaine alors en plein essor. L'argument selon lequel « c'est différent cette fois-ci » était largement répandu. Mais près d'un an plus tard, la récession s'est produite, comme le prévoyait le modèle. On ne peut pas nier que le coronavirus a eu une influence notable et immédiate que l'on ne pouvait pas prévoir à l'époque. Toutefois, cela ne change rien au fait que le modèle a une fois de plus su prouver sa pertinence.

Prudence lors des prévisions de probabilité

Le modèle se vérifie certes régulièrement, mais la différence de taux n'explique pas clairement la cause ou la raison d'une récession. Une courbe inversée des taux d'intérêt peut déclencher une récession si les taux d'intérêt à court terme sont relevés et que la politique monétaire plus stricte amortit ainsi l'évolution économique. Dans ce cas, une causalité peut être attribuée à la variation des taux d'intérêt. Toutefois, la causalité peut également être orientée dans l'autre sens. Si les investisseurs anticipent une récession, ils s'attendent à une baisse des taux d'intérêt et se positionnent sur des échéances plus longues. La forte demande d'échéances longues peut également entraîner une inversion de la courbe des taux d'intérêt. Dans ce cas, la courbe des taux n'est pas la raison, mais le résultat d'une évolution récessive anticipée. Les prévisions de probabilité du modèle de spread doivent donc être interprétées avec une certaine prudence.

Le modèle de spread est pourtant un indicateur important

Néanmoins, un simple coup d'œil sur le passé suffit pour constater que le niveau des spreads entre les obligations d'Etat à court et long terme joue un rôle décisif dans l'anticipation des récessions. Le modèle de spread est robuste, car il fournit également des résultats similaires lors du choix d'autres échéances, par exemple 3 mois au lieu de 2 ans. C'est pourquoi nous continuerons à l'avenir de suivre avec un grand intérêt le spread de taux. Enfin, ce modèle nous a permis de privilégier un positionnement plus long en matière de taux ces derniers mois, qui a porté ses fruits dans nos portefeuilles. 

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