Les matières premières à la réévaluation

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Les matières premières à la réévaluation
Article de Michael Varga publié le 12 juin 2020 dans la catégorie Matières premières
La théorie monétaire moderne, ou Modern Monetary Theory (MMT) en anglais, est entrée en phase de test plus tôt que prévu suite à la pandémie de coronavirus. Les incitations fiscales, dont l’étendue est jusqu’ici inconnue, et la monétarisation des dettes publiques par les banques centrales sont soudain devenues réalités. Nous examinons les répercussions des liquidités abondantes dues à la crise du coronavirus sur les différentes catégories d’actifs. Michael Varga, Senior Portfolio Manager, présente les répercussions qu’il attend dans son domaine de spécialité, les matières premières. Les métaux cuivre et nickel sont en ligne de mire.

L’un des principaux arguments de la théorie monétaire moderne (MMT) est que la gestion de la politique monétaire par les banques centrales avec le taux d’intérêt comme instrument principal a échoué. Au lieu de stimuler les investissements, la politique de l’argent bon marché sur les marchés financiers a entraîné la formation d’une bulle d’actifs. La politique fiscale, contrairement à la politique monétaire, pourrait être gérée de façon ciblée sur le plan politico-économique, en exerçant une influence sur l’économie réelle. Le rôle des banques centrales se limite alors à la monétarisation de la dette publique, plus simplement appelée « impression monétaire ».

 

Durant la crise actuelle du coronavirus, ce type d’argument semble rencontrer un certain succès. La politique fiscale ne fait pas dans la demi-mesure. Dès le mois de mars, les États-Unis ont approuvé des mesures fiscales à hauteur de 2 200 milliards de dollars ; en avril, s’y sont ajoutés 480 milliards supplémentaires. Après des années d’austérité, l’Allemagne approuve des mesures conjoncturelles à concurrence de 130 milliards d’euros. La liste des pays qui prennent des mesures politico-fiscales pour faire face à la crise du coronavirus ne cesse de s’allonger. Les nouvelles dettes qui en résultent sont considérées comme nécessaires. Sans cela, l’économie globale ne serait pas en mesure de surmonter la plus forte récession depuis des décennies. Les mesures fiscales historiques ne sont pas qualifiées de problématiques. Angela Merkel parle même de solutions « audacieuses ». Et ce, grâce aux taux nuls qui règnent sur le marché des capitaux.

La progression de la dette globale atteint des dimensions nouvelles

Chiffres en billions d'USD

Que financent les nouvelles dettes ?

Outre des crédits avantageux pour les entreprises faisant face à une pénurie de liquidités, les consommateurs profitent de l’hélicoptère monétaire et, en maint endroit, la politique industrielle est menée de manière ciblée : véhicules électriques, efficacité énergétique, mesures infrastructurelles comme le réseau électrique ou la construction routière, transports publics locaux, etc. Les domaines éligibles au soutien ne se différencient pas beaucoup d’un pays à l’autre. Nous partons du principe que les demandes d’actions politico-fiscales fortes se feront de plus en plus pressantes à l’avenir, face à un taux de chômage à la hausse ou du moins persistant.

Risques d’inflation

Selon la MMT, la progression de la dette ne pose aucun problème tant que l’inflation est maîtrisée. Les partisans de la MMT sont d’avis que si l’inflation devait toutefois apparaître, un renforcement de la pression fiscale serait approprié pour y faire face. Nous ne partageons pas cet avis. Parmi les instruments classiques permettant de renforcer le pouvoir d’achat se trouvent les investissements réels, par exemple dans les matières premières.

Quelles sont les matières premières qui en profitent le plus ?

En ma qualité d’expert en matières premières, j’ai examiné les matières premières qui profiteront particulièrement de ces incitations fiscales en raison de la configuration actuelle de l’offre et de la demande. Et ce, pas à court terme, mais à long terme. Je constate que tant en matière d’encouragement de la consommation, qui facilite l’achat de téléphones portables et de réfrigérateurs, que d’investissements verts et d’expansion des infrastructures, deux métaux jouent un rôle essentiel : le cuivre et le nickel. La demande de ces deux métaux augmentera en raison des importantes mesures fiscales. Nous avons affaire ici à un glissement structurel de la demande auquel les producteurs de cuivre et de nickel ne peuvent fournir de réponse rapide. Leurs investissements et capacités d’expansion s’étendront sur plusieurs années et ne deviendront rentables qu’en cas d’une hausse considérable des prix. La diffusion attendue des voitures électriques entraînera une hausse annuelle de la demande en nickel de 2% à 6,5%. Pour le cuivre, la progression sera plus modérée (de 2,5% à 3,5%). La baisse de l’offre s’opposant à une hausse de la demande, la conséquence est évidente : les prix du nickel et du cuivre évolueront à long terme vers le haut. Nous mettons cette évaluation en œuvre dans nos produits de matières premières.

Nickel : les voitures électriques vont alimenter la demande

Chiffres en 1'000 tonnes

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