Inflation (II) - la boîte de Pandore est ouverte

Retour à la vue d'ensemble
Inflation (II) - la boîte de Pandore est ouverte
Article de Nicola Grass publié le 30 juillet 2020 dans la catégorie Marché actuel
La crise du coronavirus a un effet déflationniste à court terme. Pourtant, les fondements d'une augmentation de l'inflation à long terme sont jetés. En effet, contrairement à la politique monétaire traditionnelle, des mesures non conventionnelles telles que la MMT (Modern Monetary Theory) ou la monnaie hélicoptère garantissent que les liquidités créées sont directement injectées dans l'économie réelle. Le Réveil de la Force ! Lisez la partie II de notre série en quatre parties sur l'inflation.

Le choc du coronavirus a un effet déflationniste à court terme en raison d'un excès de l'offre. Le taux de chômage élevé ou l'augmentation du taux d'épargne, par exemple, favorisent un affaiblissement durable de la demande. La faiblesse du prix du pétrole fait également baisser les prix. Ces 50 dernières années, les récessions ont toujours été déflationnistes. Cette fois encore, la situation ne sera guère différente à court terme. Toutefois, la présente crise a jeté les fondements d'une hausse à long terme du taux d'inflation.

Les tendances structurelles déflationnistes diminuent

Au cours de la dernière décennie, l'évolution démographique et la mondialisation croissante ont maintenu les taux d'intérêt et l'inflation à un faible niveau. La part du facteur travail dans le produit national brut s'est littéralement effondrée, les syndicats ont perdu de leur importance et les salaires sont restés bas (voir graphique). Toutefois, ces forces déflationnistes sont désormais susceptibles de diminuer, au moins en partie.

Part des revenus salariaux dans le produit national brut

Source : Federal Reserve Bank of St. Louis

Les forces déflationnistes sont désormais susceptibles de diminuer

  • Le point culminant de la mondialisation a déjà été dépassé.
  • Joe Biden, candidat aux élections présidentielles américaines, demande par exemple une augmentation du salaire minimum aux Etats-Unis.
  • La productivité devrait continuer à baisser en raison de la forte augmentation du nombre d'entreprises zombies (voir graphique avec les données des Etats-Unis), qui ne peuvent survivre qu'en maintenant les taux d'intérêt artificiellement bas, ce qui a également un effet inflationniste.

Part des entreprises zombie dans le paysage des entreprises américaines

Source : Deutsche Bank, Datastream

Les mesures non conventionnelles sont inflationnistes, contrairement au QE

En principe, l'expansion massive des bilans des banques centrales a également un effet inflationniste. Cependant, jusqu'à présent, les contreparties des banques centrales étaient exclusivement des banques. La liquidité créée n'est donc qu'un échange d'avoirs de banque à banque, qui n'augmente pas la vitesse de circulation de la monnaie et n'atteint pas l'économie réelle[1]. « Pourquoi ni le QE, ni le QQE de la BOJ n'ont conduit à l'inflation », a déclaré le monétariste James Ferguson de MacroStrategy le 13 mai 2020. Il en résulte une simple inflation des prix des avoirs, sans inflation des prix des biens. Ces dernières années, cependant, des concepts tels que la théorie monétaire moderne (MMT) ou la monnaie hélicoptère (déjà utilisée au Japon et à Hong Kong pendant la crise du coronavirus) ont gagné en popularité. Les mesures non conventionnelles sont populaires auprès des gouvernements populistes. La crise du coronavirus a agi comme un catalyseur et a finalement ouvert la boîte de Pandore.

Les banques centrales toléreront l'inflation

Contrairement à la politique monétaire traditionnelle, ces concepts garantissent que les liquidités créées sont directement injectées dans l'économie réelle. Cela accroît la vitesse de circulation de la monnaie et augmente l'inflation des prix des biens. Ce serait très pratique pour les Etats, car il serait beaucoup plus facile de faire fondre leurs énormes montagnes de dettes que de pratiquer l'austérité pendant des années. Les banques centrales, qui ne sont plus aussi indépendantes, le toléreraient également, car selon leurs propres déclarations, un dépassement de l'inflation après des années passées en dessous de l'objectif de 2% d'inflation serait justifié.

A long terme, rien ne s'oppose donc plus à des taux d'inflation plus élevés. La boìte de Pandore est ouverte.

Catégories

Marché actuel