Des nuages sombres au-dessus d'un secteur des croisères en plein essor

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Des nuages sombres au-dessus d'un secteur des croisères en plein essor
Article de Philipp Mettler publié le 18. septembre 2019 dans la catégorie Durabilité
Plus de 500 navires de croisière naviguent sur les mers du globe. En raison de l’utilisation de fioul lourd, ils menacent de devenir les vilains petits canards du secteur du tourisme. Afin de conjurer la perte d’image, le secteur des croisières a commencé à investir dans des carburants plus écologiques. Les mesures qui ont été mises en place rend une petite partie de la flotte plus propre mais la plus grande partie du secteur continue de miser sur le fioul lourd et renonce à utiliser des techniques de gaz d’échappement. Dans l'univers de placement de nos fonds durables, les entreprises ne sont pas prises en compte.

Avec ses 30 millions de passagers estimés en 2019, le secteur des croisières ne représente certes qu’une infime partie du marché mondial du tourisme. A titre de comparaison, plus de 40 millions de personnes ont visité Las Vegas l’an dernier. Quatre groupes dominent le secteur dans le monde : Carnival, entre autres sous les marques Costa et AIDA (42% de part de marché), Royal Caribbean Cruises, notamment sous les marques Celebrity et TUI (22%), Norwegian Cruise Line (8%) et MSC (7%). Etant donné que le secteur a une très forte intensité de capital, puisqu’un bateau de croisière de plus de 5'000 lits coûte à peu près autant que 1'000 maisons individuelles, la demande croît avec l’offre, car les navires sont en principe toujours pleins. En cas de recul de la demande, les prix sont réduits jusqu’à atteindre de nouveau la pleine capacité, ce qui a des effets sur la rentabilité des armateurs avec des frais fixes élevés.

La forte croissance se poursuit, mais…

Le secteur des croisières devrait connaître au cours des prochaines années une croissance de 6%, au-dessus de la moyenne historique de son propre secteur et de la hausse annuelle de 5% des dépenses touristiques mondiales prévue par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). En Europe, les croisières sont également de plus en plus appréciées. La majorité des passagers sont âgés de plus de 50 ans. Parallèlement, de plus en plus de familles apprécient l’immense offre de divertissement de ces géants des mers, qui va des pistes de jogging sur le pont autour du bateau jusqu’à la patinoire, en passant par les parcs d’escalade.

Nombre de passagers de croisières dans le monde (en millions ; uniquement en mer)

Weltweite Kreuzfahrtpassagiere

… attention à l’impact environnemental

Bien que la contribution des navires de croisière à l’effet de serre anthropique mondial soit relativement limitée, le public accorde de plus en plus d’attention au secteur en raison de sa forte croissance et des divers impacts environnementaux (fioul lourd, gaspillage alimentaire, problème des eaux usées). Le fioul lourd est un sous-produit extrêmement toxique et très bon marché qui résulte de la distillation du pétrole brut. Lors de la combustion, des polluants à base de soufre, oxydes d’azote et particules fines sont émis, qui causent des maladies et sont parfois cancérigènes. Dans les ports, les équipements d’alimentation électrique à quai qui permettraient de limiter la pollution de l’air pendant les escales sont rarement disponibles. Les émissions nocives pour la santé sont largement supérieures aux valeurs limites qui s’appliquent pour la circulation routière. Le caractère international des navires de croisière leur a permis de résister pendant longtemps à l'application des obligations environnementales. De nombreux navires sont immatriculés dans de petits pays comme Malte ou les Bahamas, qui représentent les intérêts des compagnies. Les valeurs limites ne peuvent toutefois être appliquées qu’à une échelle mondiale. Cela n’est pas faute de technique.

Sous la pression d’un public de plus en plus sensible, les compagnies de croisière ont commencé à installer des filtres à particules de suie (les « scrubbers ») et des catalyseurs, dont l’efficacité globale est cependant contestée. Les flottes existantes sont équipées progressivement de ces scrubbers. En outre, dans de plus en plus de régions, les bateaux n’ont le droit de naviguer qu’avec du fioul marin, moins polluant, mais beaucoup plus cher. La prochaine génération de navires devrait fonctionner sans soufre, avec du gaz liquéfié. Ou même à l’énergie électrique. Actuellement, il n’y a qu’un seul navire, l’AIDAnova de Carnival, qui fonctionne entièrement au gaz liquéfié. Il faudra encore de nombreuses années avant que les flottes soient entièrement remplacées. La durée de vie d’un navire est d’environ 30 ans. La pression politique reste jusqu’ici l’exception : la Norvège par exemple, une destination de croisière appréciée, interdira à partir de 2026 les bateaux de croisière qui ne naviguent pas avec un moteur hybride ou au gaz. 

CO2 : Deux fois plus que les voitures

Sur la base des chiffres publiés par les deux plus grandes compagnies de croisière, les émissions de CO2 moyennes par passager-kilomètre s’élèvent à plus du double de celles des voitures à essence. Les protecteurs de la nature parviennent à des chiffres plus élevés. Pour les dioxydes de soufre, oxydes d’azote et particules fines, les valeurs correspondent à celles d’un grand nombre de véhicules routiers. Il n’est donc pas étonnant que certaines villes, par exemple Venise, prennent des mesures contre le tourisme des croisières. Les études montrent que les destinations des bateaux géants ne sont pas les seules concernées, les passagers souffrent également de l’air pollué. 

Préserver l'atmosphère d’un navire de rêve

Nous partons du principe que les règles environnementales seront renforcées pour le secteur des croisières dans les prochaines années et que les armateurs devront investir beaucoup plus dans des mesures de réduction des émissions. Cela pèsera sur les bénéfices via des amortissements plus élevés. Dans tous les cas, les compagnies réaliseront ces investissements afin d’éviter une perte d’image. Cela permettra de conserver l'atmosphère d’un « navire de rêve » et les taux de croissance liés. En revanche, il est peu probable que les consommateurs optent pour des voyages écologiques. Une nouvelle analyse des voyages (2019) de la communauté de chercheurs Vacances et voyage montre que la durabilité ne joue qu'un rôle secondaire dans le comportement de réservation individuel.

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