Retour au pays des ADR chinois

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Retour au pays des ADR chinois
Article de Raphael Lüscher publié le 08 juillet 2020 dans la catégorie Actions
Alors que le rôle de Hong Kong en tant que centre financier asiatique de premier plan est de plus en plus remis en question, le gouvernement de Hong Kong, favorable à la Chine, reçoit de manière éton-nante le soutien des Etats-Unis. Les ADR (American Depositary Receipts) font l'objet d'une nouvelle ré-glementation. Les ADR chinois sont-ils menacés d'u-ne décotation à New York ? Que signifie la loi récemment adoptée par le Sénat américain pour les entreprises chinoises cotées aux Etats-Unis ? Combien d'entre elles sont concernées ? Les investisseurs doivent-ils s'inquiéter ou leurs in-térêts seront-ils mieux protégés à l'avenir ?

Le 20 mai, le Sénat américain a adopté à l'unanimité la loi dite « Holding Foreign Companies Accountable Act », soutenue aussi bien par les démocrates que les républicains. Si la Chambre des représentants approuve également la loi, plus rien n'empêchera sa mise en œuvre. Le gouvernement américain a déjà annoncé son soutien.

La loi autoriserait le gendarme boursier américain (SEC) à suspendre les actions des sociétés étrangères cotées en bourse aux Etats-Unis si elles ne respectent pas certaines directives en matière de transparence. Les nouvelles émissions seraient également interdites si la société n'est pas en mesure de publier ses comptes pendant trois années consécutives conformément aux exigences de l'autorité de surveillance. La loi exige également de la transparence quant à la question de savoir si l'entreprise est contrôlée par un gouvernement étranger.

En revanche, l'autorité chinoise des marchés financiers demande que les rapports d'audit des sociétés chinoises cotées en bourse à l'étranger soient déposés en Chine continentale et ne puissent pas être consultés par des régulateurs étrangers. Cette exigence est depuis longtemps une épine dans le pied de la SEC. Selon elle, les investisseurs qui sont lésés par le manque d'information « ont beaucoup moins de possibilités de recours que les entreprises nationales américaines. »

Environ 250 entreprises chinoises cotées en bourse aux Etats-Unis

Les entreprises chinoises ont commencé à coter leurs actions aux Etats-Unis sous la forme d'ADR (American Deposit Receipts) à partir de 2008. Leur objectif était d'attirer des investisseurs internationaux et de profiter des valorisations plus élevées aux Etats-Unis, notamment dans les secteurs de la technologie, du commerce électronique et de l'Internet.

Ainsi, ces dernières années, de plus en plus d'actions chinoises se sont retrouvées dans les portefeuilles d'actions mondiaux. Leur popularité a encore été renforcée par les fournisseurs d'indices tels que MSCI, qui ont inclus des titres chinois dans leurs indices courants et ont régulièrement augmenté leur pondération.

Aujourd'hui, il existe environ 250 ADR pour une capitalisation boursière totale d'environ 1500 milliards de dollars. L'entreprise la plus importante est Alibaba avec une capitalisation de presque 600 milliards de dollars. Ironiquement, la cotation aux Etats-Unis a permis à Alibaba et à de nombreuses autres sociétés chinoises de contourner les exigences plus strictes de la Bourse de Hong Kong, dont les conditions de cotation sont plus sévères qu'on ne le pense généralement.    

Le cas de fraude récemment révélé concernant Luckin Coffee a souligné la nécessité d'améliorer les règles de transparence. L'entreprise, qui était considérée comme le plus grand concurrent chinois de Starbucks, a falsifié son chiffre d'affaires. La négociation des actions sur le NASDAQ a été interrompue le 29 juin 2020. Beaucoup d'investisseurs ont perdu leur argent.

La bourse de Hong Kong de nouveau prisée par les entreprises chinoises

La pression politique s'est accrue aux Etats-Unis pour que des mesures plus strictes soient prises à l'encontre des entreprises chinoises. Le différend commercial en cours entre les deux grandes puissances, le scepticisme général croissant quant à la montée en puissance de la Chine et la campagne électorale présidentielle aux Etats-Unis continueront à alimenter le débat.

Dans cette optique (et en raison de l'initiative législative américaine), de nombreuses sociétés chinoises cherchent récemment à obtenir une cotation principale ou secondaire à Hong Kong. L'opérateur de marché, la Bourse de Hong Kong (Hong Kong Stock Exchange, HKSE), accueille ces entreprises. Ces dernières années, il a déjà pris des mesures réglementaires pour simplifier la cotation en bourse locale et permettre ainsi le « retour au pays » des entreprises chinoises. L'opérateur de la HKSE envisage d'inclure les rapatriés chinois dans l'indice Hang Seng local (476 actions et 95% de la capitalisation boursière de Hong Kong). Les investisseurs internationaux resteront ici en terrain connu.

Cela sera également intéressant pour les investisseurs de Chine continentale. Jusqu'à présent, ils n'avaient pas la possibilité d'investir à l'étranger dans les modèles d'affaires chinois souvent passionnants. Le « Stock Connect »[1] introduit il y a deux ans entre Hong Kong, Shenzhen et Shanghai est un nouveau mécanisme qui permet aux investisseurs chinois de négocier des actions sur les places boursières des uns et des autres. 

Les investisseurs mondiaux doivent-ils s'inquiéter ?

Malgré la nouvelle réglementation légale du gouvernement américain, les investisseurs internationaux n'ont aucune raison de paniquer. Les participations chinoises cotées aux Etats-Unis le seront également à Hong Kong à l'avenir et pourront alors être facilement converties en actions de Hong Kong. Les investisseurs feront usage de cette possibilité au plus tard lorsque la liquidité des ADR sur les bourses américaines se détériorera. Toutefois, cela prendra probablement un certain temps. 

L'idée fondamentale de la nouvelle loi américaine est de permettre aux investisseurs de participer davantage aux processus de décision et d'exiger plus de transparence de la part des entreprises, point auquel les investisseurs actifs ne devraient jamais renoncer, quelle que soit la bourse sur laquelle une entreprise est cotée.

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