Quand l'un de nos trois cerveaux prend l'initiative

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Quand l'un de nos trois cerveaux prend l'initiative
Article de Rocco Rafael publié le 05 décembre 2019 dans la catégorie Behavioural Finance
"Un investisseur rationnel ne se laisse pas guider par ses émotions." En théorie tout du moins. En pratique, on se met souvent soi-même des bâtons dans les roues. Pourquoi donc ? Dans la première partie de ma série "La finance comportementale et les marchés", je présente quelques résultats importants de la recherche sur le cerveau afin de créer une base pour comprendre le comportement humain sur les marchés financiers.

Nous avons trois cerveaux. La manière dont nous réagissons aux évolutions actuelles des marchés financiers et prenons des décisions d'investissement dépend en grande partie de celui qui prend l'initiative.

Trois cerveaux, dites-vous ? Oui, vous avez bien lu. En vérité, nous n'en avons qu'un, mais notre cerveau n'a cessé d'évoluer sur le plan biologique depuis des centaines de milliers d'années. L'histoire de son développement (voir graphique) montre aujourd'hui trois phases clairement délimitables et donc trois régions cérébrales :

  • le cerveau reptilien, responsable du comportement instinctif et des impulsions biologiques,
  • le système limbique, siège des émotions et
  • le néocortex, pour la pensée logique.

Lors de la transmission des stimuli, ces trois zones du cerveau sont pénétrées séquentiellement dans cet ordre précis : « cerveau reptilien > système limbique > néocortex ».  La connaissance de ce processus est extrêmement importante pour l'être humain supposé rationnel, car elle permet d'expliquer nos comportements, même ceux qui semblent exagérément émotionnels et non rationnels.

La transmission des stimuli se fait de façon séquentielle.

Evolution des Gehirn

Les réactions instinctives et émotionnelles s'activent en premier

Le chemin de transmission des stimuli est mesurable. Un certain stimulus passe toujours d'abord par le cerveau reptilien, puis il atteint le système limbique au bout de 30 millisecondes environ, ce qui active (et parfois fait déborder) nos émotions, et arrive dans le néocortex seulement après 500 millisecondes. En cas de stimuli extrêmement forts, comme lorsque le fameux tigre à dents de sabre (danger réel, peur primitive) surgit, représentant le plus grand danger réel possible en raison de sa capacité à nous tuer, le système limbique est soudainement si actif que le néocortex ne réagit pas tout de suite. Il est étouffé, tout comme la pensée rationnelle. Le tigre à dents de sabre du gestionnaire de portefeuille, c'est l'action qui a un poids élevé dans le portefeuille. Si l'action s'effondre, le système limbique entre en service et devient tellement actif en quelques millisecondes que le néocortex s'« éteint ». Même la peur imaginaire d'un effondrement de l'action hautement pondérée peut être suffisante pour activer le système limbique.

L'amygdale, une zone centrale du système limbique, joue un rôle central. C'est ici que sont stockés les événements émotionnels et les réactions « apprises » de ces événements, que sont comparés les comportements et les modèles et qu'est déclenchée la réponse combat-fuite-sidération (Fight-Flight-Freeze-Reflex). L'amygdale entre en jeu notamment en cas de peur et de colère. Et le cerveau et le corps s'influencent constamment l'un l'autre pendant les réactions déclenchées. Ils interrogent donc aussi leurs neuroscientifiques ou radiologues quant aux risques, aux recommandations ou aux effets indésirables de leurs activités sur les marchés financiers.

Dangers réels ou imaginaires ?

Notre cerveau ne peut distinguer le danger réel du danger imaginaire. Dans les deux cas, les mêmes réactions physiques et les mêmes peurs sont déclenchées. Il peut même arriver que notre esprit devienne notre pire ennemi parce qu'il perçoit un danger imaginaire qui lui semble réel. Les mêmes réactions se déclenchent en nous : nos pupilles se dilatent, notre rythme cardiaque et notre production de sueur augmentent, selon la situation, nous libérons des hormones spécifiques.

Décisions non objectives

Si notre équilibre hormonal est déjà déséquilibré avant de prendre une décision, par exemple une décision d'investissement, parce que nous n'avons pas assez dormi, que nous avons la gueule de bois, que nous sommes malades ou de mauvaise humeur à cause d'une dispute avec notre partenaire, alors le corps influence le cerveau et nous prenons également des décisions non objectives.

Et le marché lui-même provoque chez ses acteurs non seulement des sautes d'humeur, mais aussi des changements hormonaux. Il a été démontré que les acteurs des marchés baissiers avaient des niveaux élevés de cortisol, une hormone anti-stress, tandis que ceux des marchés haussiers étaient dopés à la testostérone.

Cinquante francs pour une pomme de terre

Ces modestes connaissances constituent déjà une bonne base pour expliquer certaines des choses étranges qui se passent sur les marchés financiers, par exemple :

  • pourquoi les acteurs du marché sont parfois disposés à payer 50 francs suisses pour une seule pomme de terre du pays,
  • pourquoi plus une chose devient chère sur le marché boursier, plus nous la trouvons attrayante,
  • pourquoi l'effet de halo nous coûte souvent très cher,
  • pourquoi les décisions de placement sont fortement influencées par la qualité de notre sommeil, et
  • pourquoi nous devrions travailler davantage sur notre maîtrise de soi que sur notre connaissance d'une action individuelle.   

J'aborderai la manière dont nous, au sein de l'équipe Actions & Thèmes, utilisons concrètement ces connaissances dans d'autres articles de la série "La finance comportementale et les marchés".

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