Or : des perspectives brillantes pour le portefeuille également

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Or : des perspectives brillantes pour le portefeuille également
Article de Anja Hochberg publié le 30 avril 2020 dans la catégorie Allocation d'actifs
La plupart des gens associent les investissements dans l'or aux crises aiguës et aux achats de panique. Mais du point de vue d'un gestionnaire multi-actifs, le métal jaune peut aussi constituer un complément rémunérateur à long terme.

Coauteur : Cyrill Staubli, Senior Portfolio Manager Balanced Mandates

Pour pouvoir utiliser l'or de manière appropriée dans le portefeuille, il est toutefois nécessaire de démythifier ce métal précieux. Souvent vanté comme valeur refuge, l'or n'est pas toujours à la hauteur de sa réputation pendant une crise financière majeure. Cela a été ressenti, par exemple, lors de la crise des marchés financiers de 2007-2009, quand l'or est tombé d'un sommet d'environ 1 000 dollars (USD) l'once mi-mars 2008 à environ 860 USD l'once fin avril 2008, pour être ensuite évalué à un peu moins de 750 USD l'once après une reprise intermédiaire mi-septembre 2008 (voir également le graphique 4). Sur l'ensemble de l'année 2008 ébranlée par la crise, l'or a perdu environ 2% en dollars, avec de fortes fluctuations. La hausse impressionnante du prix de l'or vers son record actuel de 1 800 USD l'once (septembre 2011), n'a commencé que début 2009, c'est-à-dire peu avant que les marchés des actions n'atteignent leur niveau plancher.

La crise actuelle du coronavirus a montré un tableau similaire. Dans ce cas également, la baisse historiquement rapide des marchés des actions a été associée dans un premier temps à une chute vertigineuse du prix de l'or. Entre le 9 et le 16 mars 2020, l'or a ainsi fait un plongeon d'environ 10% (voir graphique 1). Au lieu d'avoir un effet de diversification « dans l'œil du cyclone des marchés financiers », le désendettement à grande échelle des expositions aux marchés financiers a temporairement augmenté les corrélations entre les catégories d'actifs, en 2008 comme en 2020. Le besoin de créer de la liquidité est devenu une nécessité de vendre les actifs pour lesquels il y avait des acheteurs. A la mi-avril, cependant, le prix de l'or avait de nouveau augmenté d'un peu moins de 12% et se négocie actuellement à environ 1 700 USD l'once.

Graphique 1 : Prix de l'or et marchés des actions en mars 2020

Golfpreis vs Aktienmärkte

Un choix pertinent pour une diversification stratégique

Alors que l'or peut potentiellement bientôt atteindre les sommets de 2011, la question cruciale suivante se pose donc pour chaque répartiteur d'actifs : quel est mon rapport à l'or ? Ce point fait également l'objet d'âpres discussions. Deux arguments principaux sont avancés pour refuser l'intégration de l'or à un portefeuille. Premièrement, comme décrit précédemment, l'or n'a pas toujours un effet diversificateur dans les situations de crise extrême. Deuxièmement, la détention d'or n'apporte aucun revenu courant.

Nous sommes critiques à l'égard de ces deux arguments. Tout d'abord, nous considérons l'or comme un ajout plutôt stratégique. Ainsi, sur cinq ans, l'or présentait un ratio de Sharpe de 0,43 du point de vue d'un investisseur en dollars et de 0,62 du point de vue d'un investisseur suisse. Cet indicateur mesure le rendement excédentaire par rapport au taux d'intérêt sans risque par unité de risque. Sur une période de 15 ans, cela donne une valeur d'environ 0,52 pour les deux groupes d'investisseurs. Au cours des trois dernières années, la corrélation entre l'or et les actions suisses (sur la base de données hebdomadaires) a atteint le niveau intéressant de -0,14. D'autre part, la question de la prime inhérente récupérable de cette catégorie d'actifs devient relative lorsque nous pouvons identifier d'autres facteurs de prix même - ou surtout - dans la situation actuelle.

Les plans de lutte contre la crise alimentent les dettes publiques

Pour faire face à la crise du coronavirus, on s'est également appuyé sur la combinaison éprouvée de politique monétaire et fiscale expansionniste. Alors que les banques centrales tentent, à l'aide d'un ensemble historiquement généreux de politiques monétaires non conventionnelles, à la fois de créer la liquidité nécessaire sur le marché et de maintenir des conditions-cadres financières souples, les impulsions massives de la politique fiscale ont pour objectif de relancer le moteur de la croissance. La taille des trains de mesures fiscales peut également être qualifiée d'historique, car ils dépassent de loin les mesures de soutien déjà massives prises lors de la crise des marchés financiers.

Graphique 2 : Mesures fiscales en % du PIB

Fiskalpolitische Pakete

(Situation au 22.04.2020)

Les conséquences pour les budgets publics sont énormes. Sur la base des mesures actuellement annoncées, le déficit budgétaire de la zone euro pourrait atteindre environ 10% cette année, et la dette publique environ 115% du produit intérieur brut (PIB). D'un point de vue historique, les augmentations massives des dettes publiques ont un effet inflationniste latent, ce qui devrait soutenir le prix de l'or. Sur ce point, nous aimerions vous renvoyer à nos commentaires sur la théorie monétaire moderne (MMT) (lien vers l'article sur la MMT), qui apporte maintenant des preuves par les faits.

Les prévisions d'inflation à long terme ont certes diminué actuellement en raison de la conjoncture et indiquent même un danger déflationniste (semblable à celui de 2008). Toutefois, une fois la reprise économique enclenchée, il est probable que cela s'accompagne d'un effet reflationniste. 

Les taux d'intérêt resteront faibles dans un avenir proche.

La tendance reflationniste devrait être soutenue par des taux qui demeurent bas ainsi que par l'expansion massive de la masse monétaire. Cependant, le paquet monétaire généreusement accordé ne devient pertinent pour l'inflation que s'il devient pertinent pour la demande. Mais c'est précisément le but ultime des mesures de soutien. En outre, il existe un risque à court terme qu'après l'assouplissement du confinement, la demande refoulée se heurte à une offre limitée, en raison des arrêts de production et des chaînes d'approvisionnement interrompues, et tende ainsi à avoir un effet inflationniste.

Par conséquent, les taux d'intérêt resteront bas dans un avenir prévisible. En outre, les banques centrales internationales devraient également tolérer un net dépassement de l'inflation afin de contenir les risques déflationnistes latents. Tout comme l'introduction initiale de l'assouplissement quantitatif (QE, voir graphique 4) (politique monétaire non conventionnelle), QE 2020+ devrait continuer à soutenir la tendance à la hausse de l'or. De plus, avec l'assouplissement monétaire, le nombre d'obligations à rendement nominal négatif augmente régulièrement, ce qui renforce l'attrait de l'or en tant qu'alternative sans taux d'intérêt.

Graphique 3 : Evolution du prix de l'or après la crise des marchés financiers

Goldpreis nach Finanzmarktkrise

Le dollar américain plus faible à moyen terme

En période de récession, le dollar américain et l'or, en tant que monnaies de crise, ont tendance à bien se comporter. L'or a également pu gagner en valeur malgré un billet vert plutôt vigoureux. A moyen terme, cependant, le dollar devrait avoir plutôt tendance à s'affaiblir en raison du double déficit américain, c'est-à-dire la combinaison du déficit budgétaire et du déficit de la balance courante, et du faible niveau des taux d'intérêt. Cela renforce la demande d'or, en particulier en dehors de la zone dollar.

La demande physique augmente à moyen terme

Actuellement, la demande d'investissement est le principal moteur du prix de l'or. La demande physique est plutôt modérée. D'une part, le confinement mondial réduit la demande de bijoux, par exemple pour les mariages en Inde. D'autre part, l'achat d'or n'est actuellement pas une priorité pour les consommateurs dans les régions qui sont déconfinées (par exemple la Chine). La demande est également faible au Moyen-Orient en raison de la réduction de pouvoir d'achat causée par l'effondrement des prix du pétrole.

Les banques centrales internationales font également preuve de retenue en ce moment dans leurs achats sur le marché de l'or. Elles ont plutôt tendance à vendre des actifs en dollars pour soutenir leur monnaie nationale dans la crise actuelle. Si le dollar s'affaiblit, les banques centrales devraient revenir sur le marché avec une demande plus forte.

Potentiel supplémentaire pour la demande des investisseurs

Les ETF sur l'or ont enregistré de forts afflux de capitaux dans le monde entier cette année. Cependant, depuis la correction massive de l'or mi-mars (désendettement forcé), les investisseurs spéculatifs se sont abstenus. Le développement de leurs positions longues peut donc continuer à faire monter le prix de l'or à court terme.

Graphique 4 : Forte hausse mondiale des avoirs en ETF sur l'or

(en millions d'onces)

Globale ETF-Holdings

Mise en œuvre dans le portefeuille multi-actifs

Le prix de l'or a déjà fortement augmenté ces dernières semaines. Toutefois, nous identifions des facteurs qui devraient faire monter encore le prix de l'or. Il s'agit en particulier du risque potentiel d'inflation dû à l'escalade de la dette publique. De plus, les taux d'intérêt bas et la faiblesse du dollar américain à moyen terme rendent l'or plus attrayant. En matière de demande, une nouvelle augmentation de la demande physique et de la demande d'investissement devrait offrir un potentiel supplémentaire.

Dans ce contexte, nous estimons que l'or présente un potentiel supplémentaire de hausse des prix et nous réitérons donc nos positions sur ce métal. Dans nos portefeuilles multi-actifs, nous mettons en œuvre cette évaluation positive par le biais d'ETF internes et de fonds indiciels adossés à de l'or physique.

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Allocation d'actifs