Crise du coronavirus : un comportement grégaire typique

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Crise du coronavirus : un comportement grégaire typique
Article de Rocco Rafael publié le 14 mai 2020 dans la catégorie Behavioural Finance
Quand la crise du coronavirus a éclaté, le marché était caractérisé par des valorisations élevées des actions et l'euphorie des investisseurs. Le confinement mondial a mis brutalement fin à cette situation et un comportement grégaire typique s'en est suivi. En mars, les ventes des investisseurs paniqués ont provoqué les effondrements de cours les plus marqués depuis la crise financière. Examinons la situation sous l'angle de la finance comportementale.

La chute des cours sur les marchés actions déclenchée par la pandémie de coronavirus a pris de nombreux investisseurs au dépourvu. Pourquoi la réaction sur les marchés a-t-elle été si violente ? Pour se préparer à la prochaine correction des marchés financiers, il faut comprendre comment ces bouleversements se produisent. En cas de signes avant-coureurs d'un événement similaire à l'avenir, il sera ainsi possible d'agir d'une manière plus avisée ou de réagir plus rapidement. Dans la troisième partie de la série "La finance comportementale et les marchés", j'examinerai les événements récents sous l'angle de l'économie comportementale.

Des actions pour tout le monde

"L'avenir est un présent que nous fait le passé." Une citation célèbre de l'écrivain français André Malraux.

Permettez-moi de faire une analogie : une personne en bonne santé, avec un bon système immunitaire et sans maladie antérieure, peut probablement se remettre sans problème d'un virus comme le Covid-19. Peut-être ne remarquera-t-elle même pas qu'elle a été contaminée. En revanche, un tel virus peut gravement affecter un patient malade ou immunodéprimé, voire le tuer.

Alors pourquoi le marché des actions a-t-il réagi de manière si sensible au choc exogène provoqué par le coronavirus en mars 2020 ? Quelle était la situation de départ au début de cette année ? Un marché "sain" n'aurait-il pas dû montrer plus de résistance face à un tel événement ?

Après la performance boursière fulgurante de 2019, les actions faisaient l'objet de toutes les discussions, comme au début de l'an 2000. L'année dernière, de nombreux petits investisseurs ont été fortement encouragés à investir dans des titres par le biais de divers canaux et arguments. Et ce, malgré le fait que les marchés boursiers avaient déjà connu l'une des hausses les plus fortes de l'histoire. De plus, la part des actions mondiales dans le portefeuille de placement moyen était historiquement élevée.

De (trop) nombreux aspects positifs déjà pris en compte

Les valorisations des actions ont également atteint un niveau très ambitieux. De très nombreux facteurs positifs, tant économiques que monétaires, ont été pris en compte dans les cours. Cela s'est également reflété dans les enquêtes de conjoncture, dont certaines révèlent un climat presque euphorique. Dans un tel contexte, de nombreux acteurs du marché n'ont pas jugé nécessaire de se couvrir contre la chute des marchés, en pensant : « Pourquoi se couvrir ? C'est une perte d'argent, et la bourse est toujours à la hausse de toute façon. » Ou encore : « Les banques centrales interviendront de toutes façons. »

Diminution de la liquidité

Les diverses réglementations de ces dernières années ont entraîné une diminution de la liquidité des marchés. Conséquence : des carnets de commande plus minces favorisent les fluctuations de prix. Le Covid-19 et les mesures de confinement imposées pour contenir le virus ont alors conduit, pour diverses raisons, l'ensemble du troupeau à tenter d'échapper simultanément au marché par une porte devenue beaucoup plus petite.

Mouvement de panique du troupeau : le plus rapide a un net avantage

Les vives réactions sur les marchés boursiers ont été encore intensifiées par la forte présence du sujet « coronavirus » dans les médias. Le fait que ces derniers aient une forte influence sur les réflexions et les actions de la population n'est pas nouveau. Leur influence est également incontestable sur les investisseurs et revêt donc une importance considérable. Dans le cas présent, cela a simplement conduit à une baisse des prix sur le marché boursier.

Si les acteurs de marché moyens ne sont pas suffisamment couverts, la panique a tôt fait de s'installer. Cela incite ensuite les autres acteurs du marché à vendre leurs titres de manière irréfléchie, ce qui augmente encore le nombre de vendeurs. Le plus rapide a alors un net avantage. Et comme les marchés sont moins liquides qu'auparavant, cette cohue du côté des vendeurs accélère encore plus la chute des cours. Dans ces moments-là, la "juste" valeur d'une action n'a tout simplement plus d'importance pour la majorité des investisseurs ; leurs agissements sont purement conditionnés par l'émotion. Ces cascades de baisse des cours se poursuivent jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de vendeurs.

Ventes de panique, puis achats de panique

La pénurie de vendeurs a été observée pour la première fois à la fin du mois de mars. Les pondérations des actions dans le portefeuille moyen sont retombées à leur niveau de 2009, alors que les liquidités avaient atteint leur plus haut niveau en 18 ans. Partout, on pouvait voir, lire et entendre la panique. Et comme lors des crises précédentes, le ratio de couverture a atteint un pic vers la fin de la première vague de ventes, au cours de la dernière semaine de mars.

Dans le même temps, vers la fin du mois de mars, les grands investisseurs institutionnels tels que les compagnies d'assurance, les fonds communs de placement et les caisses de pension ont commencé à ajuster leur portefeuille. Ils ont dû rééquilibrer la baisse de leurs quotes-parts d'actions provoquée par la forte chute des cours, ce qui a entraîné des achats importants et une hausse des cours. Ces cours en forte hausse ont de nouveau déclenché la panique, cette fois-ci du côté des acheteurs. La fameuse FOMO (Fear Of Missing Out), la peur de rater la reprise et donc la possibilité de compenser rapidement les pertes, s'est installée.

Retour à la normale

Au cours du mois d'avril, l'objectivité et la normalité sont lentement et partiellement revenues sur les marchés, notamment grâce à la publication des chiffres des entreprises pour le 1er trimestre. Bon nombre des résultats trimestriels publiés jusqu'à présent se sont révélés faibles, comme attendu entre-temps, et certaines entreprises exploitent l'"effet big-bath" pour intégrer les résultats de diverses faiblesses dans le "trimestre coronavirus". Les plans de crise massifs des gouvernements et des banques centrales soutiennent le système avec des liquidités et des relances supplémentaires, ce qui est certainement une bonne chose à court et moyen termes. Toutefois, les répercussions à long terme, telles que l'impact de la forte augmentation de l'endettement, sont susceptibles de créer de nouveaux problèmes, voire d'entraîner de graves conséquences.

Emotions garanties

Malheureusement, la crise du coronavirus est loin d'être terminée. Bien que de nombreux pays se dirigent lentement vers un assouplissement des règles de confinement, le risque d'une nouvelle vague de contaminations est pour l'instant très difficile à évaluer. Par conséquent, il faudra également compter sur un regain de volatilité dans les prochains mois. A l'avenir, les surprises extrêmes continueront de provoquer des réactions émotionnelles extrêmes sur les marchés. En effet, tant que les gens seront actifs sur les marchés, les émotions auront une forte influence sur l'activité de ces derniers. L'instinct de troupeau perdurera. Et comment lutter contre ? Préparez-vous. Mettez-vous dans une position qui vous permette d'agir et non d'avoir à réagir !

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