Théorie et pratique : les valeurs réelles sont les gagnantes de l’inflation

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Théorie et pratique : les valeurs réelles sont les gagnantes de l’inflation
Article de Nicola Grass publié le 25 août 2020 dans la catégorie Marché actuel
Les différentes réactions des diverses catégorie d’actifs à l’inflation ont des conséquences sur la composition des portefeuilles. En théorie, les valeurs réelles sont les bénéficiaires de la hausse de l'inflation, car contrairement aux valeurs nominales, elles ne perdent pas de valeur lorsque les prix augmentent.

Les valeurs réelles comprennent les immeubles, les titres du Trésor protégés contre l’inflation (TIPS), l’or, les matières premières et les actions. Le graphique suivant montre le bêta (risque de marché) des différentes catégorie d’actifs en cas d’inflation dans la pratique. Avec une hausse de l’inflation de 1 %, l’indice S&P GSCI Energy a augmenté de 18 % dans le passé. Le graphique présente des données trimestrielles de 1986 à aujourd'hui. Sans surprise, lors des phases d’inflation, les valeurs réelles oscillent à la hausse, tandis que les obligations nominales sont clairement parmi les perdants. Les matières premières, en particulier énergétiques, semblent être la meilleure couverture contre l’inflation. Dans le cas des actions, les actions « value » et les small caps bénéficient davantage de l’inflation que l’indice global. Bien que le bêta des métaux précieux et des TIPS soit plutôt faible en comparaison, la différence entre les TIPS et les obligations nominales est frappante.

Comportement face à l’inflation (IPC américain), exprimé en bêta

Beta zu Inflation

Source: Swisscanto Invest, Bloomberg

Risque de change pour les TIPS américains

Pour un investisseur suisse, cependant, l’achat de TIPS américains augmente l’exposure au dollar américain (USD). Dans le passé, la hausse des prévisions d’inflation a entraîné des pertes de change (voir le tableau ci-dessous). Parce que les coûts de couverture sont actuellement très faibles (environ 1 % pour le dollar), il est conseillé de couvrir les risques de change.

Risque de change en cas de hausse des anticipations d'inflation

Annualisierte Rendite (seit 2000) USD/CHF EUR/CHF
steigende Inflationserwartungen -4.19% -3.4%
sinkende Inflationserwartungen -0.34% 1.89%

Nouvelle constellation d’inflation ante portas

Le graphique suivant montre les rendements réels historiques annualisés des différentes catégories d’actifs dans différentes constellations inflationnistes. Les matières premières sont les grandes perdantes dans le régime inflationniste actuel, mais elles profitent fortement de l’inflation lorsqu'elle est élevée et continue à augmenter. Dans ce scénario, les obligations d’Etat nominales n’offrent qu’un rendement très faible et le rendement des actions est également inférieur à la moyenne. Les matières premières sont donc importantes pour la diversification d’un portefeuille multi-actifs classique, surtout dans une telle phase. Bientôt, nous passerons probablement à la constellation d’inflation « faible et en hausse » qui, par le passé, a placé les actions en très bonne posture. Les small caps et les actions « value », en particulier, devraient alors figurer parmi les gagnantes[A1] .

Rendements réels historiques dans différents régimes d’inflation

Différents régimes d'inflation

De ces résultats, on peut déduire une allocation schématique pour les différents constellations d’inflation.

Allocation schématique des avoirs dans diverses constellations inflationnistes

  Faible et en baisse Faible et en hausse Elevée et en hausse Elevée et en baisse
Obligations d'Etat         +         -         -         +
TIPS         -         +         +         -
Actions de croissance         +          -         -         +
Actions Value         -         +         +         -
Small Caps         -         +         +         -
Large Caps         +         -         -         +
Matières premières         -         =         +         -

Faut-il donc désormais investir exclusivement dans des valeurs réelles ? Pour le vérifier, nous formons un panier en valeurs réelles également pondéré, composé de TIPS américains (couverts en CHF), du MSCI Value et de l’indice GSCI des matières premières. Comme le montre le graphique x, ce panier est en effet très fortement corrélé avec les prévisions d’inflation. En comparaison, un portefeuille mixte classique (LPP 40) semble être relativement indépendant des prévisions d’inflation. Cependant, comme le panier en valeurs réelles est beaucoup plus volatile, le ratio de Sharpe (une mesure du rendement excédentaire par rapport au taux d'intérêt sans risque par unité de risque) est nettement moins bon (0,18 contre 0,53) à long terme. De plus, les drawdowns sont énormes.

Pour des raisons de risque et de diversification, il n’est donc pas logique d’investir exclusivement dans ces valeurs réelles volatiles. Cependant, mélangées dans un portefeuille mixte, elles sont idéalement adaptées pour profiter de la hausse des prévisions d’inflation dans les années à venir. Dans le cadre de nos mandats de gestion de fortune multi-actifs, nous investissons donc actuellement dans des TIPS américains, des actions « value », des small caps, de l’or et des matières premières énergétiques.

Les valeurs réelles ont le plus de sens dans un contexte multi-actifs

Realwerte im Multi-Assets-Kontext

Source: Swisscanto Invest, Bloomberg

L'histoire se répète-t-elle ?

Dans les années 1940, les taux d’intérêt aux Etats-Unis ont été fixés à un niveau proche de la limite de 0 % grâce au contrôle de la courbe des taux d’intérêt. L’Etat a ainsi pu financer à faible coût les horribles dépenses de guerre et le taux d’intérêt réel était négatif, comme c’est le cas aujourd’hui. Comme il se doit, la Fed de New York a publié en avril 2020 un article sur les mesures de politique monétaire des années 1940, et le nouveau contrôle de la courbe des taux d’intérêt par la Fed fait actuellement l’objet d’un débat animé. Les conséquences de la politique monétaire de l'époque sont rapidement expliquées :

  • Explosion de la dette publique
  • Hausse de l’inflation à 20 %
  • Surperformance des actions Value et des small caps

Se couvrir en vaut la peine

Il est très difficile de prévoir la montée des craintes d’inflation. Nous sommes cependant sûrs d’une chose : il a rarement été aussi bon marché de se protéger contre l’inflation qu’aujourd’hui. Comme il existe également de solides arguments en faveur d’un taux d’inflation plus élevé à long terme, nous saisissons cette opportunité d’investir de manière ciblée dans des actifs réels au détriment des valeurs nominales.

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