De la difficulté d'estimer correctement une croissance exponentielle

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De la difficulté d'estimer correctement une croissance exponentielle
Article de Roger Rüegg publié le 23 mars 2020 dans la catégorie Behavioural Finance
L'intuition nous joue souvent de mauvais tours dans les situations complexes. On l'a constaté une nouvelle fois avec la propagation exponentielle du virus COVID-19, qui a pris de court non seulement une grande partie de la population, mais aussi des gouvernements. Il faut également éviter de faire les mêmes erreurs dans ses investissements.

L'être humain utilise deux systèmes de pensée différents

Selon Daniel Kahneman, psychologue et économiste lauréat du prix Nobel, et son collègue Amos Tversky, la pensée humaine est marquée par deux systèmes très différents. Le système 1 correspond à un mode de pensée rapide, automatique et intuitif. Il repose sur l'intuition et n'implique pas de contrôle délibéré. En revanche, le système 2 renvoie à un raisonnement lent, logique et analytique, qui nécessite de l'attention.

Le système 1 entraîne des erreurs de jugement

Lors de situations telles que le déclenchement d'une pandémie, on prend souvent des décisions en se basant sur des estimations nées du système 1. Malheureusement, il s'agit souvent de mauvaises décisions, dont les effets réels nous rattrapent presque du jour au lendemain. En guise d'exemple, MM. Kahneman et Tversky nous proposent l'énigme suivante : dans un étang, il y a des nénuphars dont la superficie double chaque jour. Si les nénuphars mettent 48 jours à couvrir toute la surface de l'étang, en combien de temps en couvriraient-ils la moitié ?

La bonne réponse est 47 jours, mais la plupart des personnes répondront intuitivement 24 jours. Par ailleurs, qui aurait pensé qu'il est nécessaire de plier une feuille de papier 42 fois seulement pour lui donner une épaisseur suffisante pour atteindre la lune, soit 400 000 kilomètres ? Mais restons réalistes. Il n'est possible de plier une feuille de papier que 7 fois et le nombre de personnes atteintes du coronavirus ne double pas chaque jour. À l'heure actuelle, le nombre de cas double tous les trois à douze jours selon les régions (dans le monde, tous les huit jours).

Comparaison internationale du nombre de cas confirmés de coronavirus

Quand, le 13 mars 2020, le Conseil fédéral suisse a durci ses mesures contre la propagation du coronavirus, notamment en imposant la fermeture de toutes les écoles, un grand nombre de citoyens a été surpris. Quelques jours auparavant, le nombre de malades confirmés en Suisse était encore inférieur à 1 000 et sa croissance semblait linéaire. En réalité, la Suisse suivait déjà depuis un certain temps la même trajectoire de croissance exponentielle que l'Italie. Le graphique suivant montre le nombre de cas confirmés en Italie, en Corée du Sud et en Suisse.

Comparaison entre l'Italie, la Corée du Sud et la Suisse

Actuellement, la Suisse compte 8 060 cas (au 23.03.2020), ce qui correspond au nombre de cas à partir duquel l'Italie du Nord a commencé le confinement. La Suisse ayant pu réagir selon le graphique dès le neuvième jour, la courbe pourrait s'aplatir plus tôt. Cependant, les experts tablent sur un décalage d'une semaine minimum après la prise de mesures, car la période d'incubation du virus est en moyenne de cinq jours. La Suisse affiche actuellement un taux d'augmentation du nombre de cas de 15% au cours des deux derniers jours, contre 20% pour l'Italie.

La Corée du Sud a montré qu'il est possible de réduire rapidement cette hausse. À quoi ce succès est-il dû ? Selon les experts, le ralentissement du nombre de nouveaux cas est imputable à quatre mesures différentes : des tests de masse, des mesures de distanciation sociale importantes, une forte surveillance et une politique de communication efficace. En Corée du Sud, le système de test est fortement influencé par l'expérience des pandémies passées. En raison de l'évolution encourageante de la situation dans ce pays, l'Europe et la Suisse plaident de plus en plus en faveur de la réalisation de tests à grande échelle.

Combien de temps le COVID-19 va-t-il nous occuper ?

Nous avons tenté de répondre à cette question avec des épidémiologistes. Comme l'énonce Vasileios Nittas, chercheur en épidémiologie à l'université de Zurich, la santé générale de la population est un facteur de risque important. Or, l'état de santé s'améliore avec la hausse des températures en été. C'est pourquoi la grippe par exemple sévit principalement en hiver. En conséquence, Vasileios Nittas table sur un ralentissement du nombre de cas cet été.

En outre, les personnes qui ont été atteintes par le virus et en ont guéri jouent souvent le rôle de barrière, car elles ont déjà développé des anticorps. Selon Pål Johansen, docteur à l'hôpital universitaire de Zurich, la propagation du virus a un effet domino. Dès qu'un nombre suffisant de dominos reste debout (sont immunisés) ou qu'ils sont trop éloignés les uns des autres en raison de la distanciation sociale, la chaîne de contamination s'arrête. Toutefois, on ignore encore précisément où se situe le seuil critique de personnes immunisées. De plus, on sait qu'en Chine, seuls 10 à 15% environ des personnes contaminées ont été confirmées, alors que les personnes déjà immunisées restent en grande partie inconnues.

Le COVID-19 va certainement rester d'actualité jusqu'à la fin du 2e trimestre 2020. Dans le meilleur des cas, le virus va muter, s'affaiblir et disparaître. Car, contrairement à ce qui se produit dans la plupart des films d'Hollywood, où le virus devient de plus en plus virulent, dans la vraie vie, les virus disparaissent après un certain temps. Cela a par exemple été le cas avec les coronavirus du SRAS et du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV). La question essentielle est évidemment de savoir dans combien de temps le COVID-19 va "mourir".

Quand il s'agit d'investir, le système 2 doit avoir le dessus

En ce qui concerne l'activité du marché, il est particulièrement important en ces temps agités de recourir au système 2 pour prendre des décisions de placement, c'est-à-dire de raisonner de manière logique et analytique. C'est pourquoi, chez Swisscanto Invest, nous nous assurons de baser nos modifications de portefeuilles sur des analyses fondamentales et quantitatives et de les soumettre à plusieurs reprises au regard critique du Comité d'investissement concerné. Ainsi, nous évitons de baser nos décisions de placement sur le système 1. Nous suivons avec attention l'évolution de la situation depuis l'annonce des premiers cas de coronavirus en Chine, et avons réduit les risques des portefeuilles en conséquence. Par ailleurs, nous maintenons un positionnement globalement défensif et équilibré.

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